À Nantes, dans le quartier du Port Boyer, la mort d'un adolescent de 15 ans lors d'une fusillade jeudi soir a plongé les habitants dans le choc et l'angoisse. Deux autres jeunes de 13 et 14 ans ont été blessés. Pour Jeanne, mère de famille installée là depuis quinze ans, chaque départ de son fils pour l'école est désormais une source de peur : elle dit l'embrasser le matin en espérant simplement qu'il rentre vivant.
Un quartier en deuil et sous tension
"On est tous endeuillés", confie Jeanne, très émue. Elle décrit un quartier où l'inquiétude s'est installée dans les gestes les plus banals du quotidien. En rentrant chez elle, elle dit regarder systématiquement autour d'elle. Sortir faire des courses ou accompagner les enfants devient une source de stress : la crainte de ne pas revenir ne la quitte plus. Ce sentiment de danger permanent a gagné de nombreux habitants.
Du deal discret au sentiment de "Far West"
Jeanne raconte aussi la transformation progressive de ce quartier populaire. Selon elle, le trafic de drogue existait déjà auparavant, mais de manière plus discrète. Ces dernières années, la situation se serait nettement dégradée, au point qu'elle parle désormais d'une ambiance de "Far West". Port Boyer reste à ses yeux un quartier familial, mais beaucoup de résidents cherchent à partir. Ceux qui en ont les moyens déménagent, tandis que les familles plus précaires, comme la sienne, se sentent coincées faute de ressources financières suffisantes.
Un sentiment d’abandon et de mépris social
Au-delà de la violence, Jeanne dénonce un profond sentiment d'abandon. Elle dit avoir l'impression que les habitants de Port Boyer "n'intéressent personne" et que les clichés sur les quartiers populaires pèsent lourd. Selon elle, la situation ne changerait pas parce que ces habitants sont perçus comme peu influents : "On n'est pas très riches, on ne vote pas, on ne paie pas d'impôts", résume-t-elle. Elle refuse toutefois que ce drame soit "un drame de plus" dans l'actualité, sans suite ni action. Elle estime que rien ne bougera vraiment tant que les décideurs ne seront pas confrontés à la réalité de ces quartiers au quotidien.
Agir sur la consommation de drogue
Pour cette mère de famille, la réponse ne peut pas se limiter au seul quartier. Elle appelle à s'attaquer d'abord à la consommation de drogue partout en France. À ses yeux, chaque consommateur porte une part de responsabilité dans ce qui se passe à Port Boyer : "Quand tu consommes de la drogue, peu importe où tu la consommes, tu es responsable de ce que nous vivons", affirme-t-elle. Elle insiste sur l'urgence d'agir tant que les jeunes du quartier sont en vie, car, dit-elle, "notre avenir est là".



