En meeting à Lyon jeudi 26 février, Jean-Luc Mélenchon a largement délaissé la campagne des municipales pour concentrer ses attaques sur les médias. Pendant près de trois quarts d'heure, le leader de La France insoumise a dénoncé une "déferlante médiatique" qu'il affirme subir, ciblant particulièrement la presse dite traditionnelle et mettant en scène un bras de fer avec plusieurs rédactions.
Un meeting transformé en charge contre la presse
Sur scène, Jean-Luc Mélenchon a fait huer certains journaux, comme Libération, et a opposé les titres qu'il critique à ceux qu'il dit apprécier, notamment l'Humanité et plusieurs "nouveaux médias numériques" proches de la gauche. Il a revendiqué sa liberté de choisir ses interlocuteurs, en défendant sa récente décision de réserver une conférence de presse à ces seuls médias. "Vous n'avez pas le pouvoir de nous convoquer. Vous n'avez pas le pouvoir de vous inviter de force", a-t-il lancé, accusant la "vieille presse" de s'indigner de ses choix.
Le triple candidat à la présidentielle a fustigé les méthodes des journalistes, qu'il compare à celles d'inquisiteurs. Selon lui, dans un pays libre, il devrait être possible d'être interrogé sans être "tenaillé" par des questions qu'il juge abusives. Cette offensive verbale s'inscrit dans une stratégie assumée de confrontation avec une partie du paysage médiatique.
La mort de Quentin Deranque au cœur du discours
Une grande partie du meeting a également été consacrée à l'affaire de la mort de Quentin Deranque, militant identitaire tué à Lyon. La France insoumise est mise en cause en raison de son soutien à Raphaël Arnault, député du Vaucluse et cofondateur du collectif antifasciste la Jeune Garde. Un ancien collaborateur parlementaire de ce dernier est mis en examen pour complicité d'homicide volontaire par instigation dans ce dossier.
Le même jour, des responsables de gauche comme François Ruffin et Marine Tondelier ont appelé publiquement à la démission de Raphaël Arnault. Face à ces critiques, Jean-Luc Mélenchon a défendu sa ligne : selon lui, "le mouvement insoumis n'est pour rien dans ce qui vient de se produire". Il a réaffirmé son soutien à la Jeune Garde, estimant que la demande de dissolution qui vise cette organisation "ne repose sur rien" et assurant qu'il ne s'agit pas d'une "organisation criminelle".
Une base galvanisée, un risque d’isolement politique
À la Bourse du travail de Lyon, où environ 2 000 personnes étaient rassemblées selon La France insoumise, le public a salué la prestation du tribun. Certains sympathisants ont comparé le meeting à un "one man show", se disant impressionnés par la force de son discours. D'autres, tout en restant favorables, reconnaissent des formulations parfois approximatives pour une personnalité politique de ce rang, qui peut, selon eux, "ne pas dire à la virgule près exactement" ce qu'il faudrait.
En assumant une stratégie très offensive envers les médias et en maintenant coûte que coûte son soutien à Raphaël Arnault et à la Jeune Garde, Jean-Luc Mélenchon consolide son noyau militant et son image de figure "insoumise" face aux institutions. Mais ce positionnement jusqu’au-boutiste comporte un revers : il renforce son influence auprès de ses partisans les plus convaincus, tout en faisant peser le risque de l’isoler davantage d’électeurs plus modérés à l’approche de la présidentielle de 2027.




