Quinze jours avant l'incendie meurtrier de la discothèque Le Constellation, à Crans-Montana (Suisse), un serveur filme le plafond de l'établissement. Sur la vidéo, on voit des plaques de mousse qui se décollent et le jeune homme tenter de les refixer avec des moyens de fortune. Ces images, ainsi que des échanges de messages avec le gérant, Jacques Moretti, sont désormais au cœur de l'enquête.
Des plaques de mousse fixées de façon artisanale
Le 14 décembre 2025, deux semaines avant le drame, Jacques Moretti et son serveur Gaëtan viennent de remplacer huit plaques de mousse qui se détachaient du plafond. Le serveur filme la scène : les panneaux se décollent un à un, et il tente de les maintenir à l'aide de queues de billard et de serviettes en papier. Il envoie ensuite la vidéo à son patron pour lui montrer le résultat de ce bricolage. Jacques Moretti lui répond alors : "Ouais, ça a l'air pas mal. Enlève les autres s'il te plaît".
"Une mousse que je ne connais pas" et un test au chalumeau
Gaëtan, peu rassuré, adresse une seconde vidéo dans laquelle il signale qu'à un endroit, la mousse n'a pas pris et laisse apparaître le plafond. Il suggère d'en remettre. Le gérant lui répond : "Gaëtan, tu vois si ça tombe, parce que j'ai mis une mousse, mais une mousse que je ne connais pas. Donc dis-moi si c'est bon. Dis-moi si elle tombe ou pas. Si elle tombe, il va falloir le laisser, malheureusement". Devant les enquêteurs, Jacques Moretti affirmera plus tard que ce matériau ne présentait pas, selon lui, de danger particulier. Il explique avoir effectué un test lui-même : "J'ai pris un chalumeau pour tester la mousse. Ça a brûlé, j'ai dû éteindre le feu. Mais le seul truc qui m'a dérangé, c'est la fumée. Sinon, rien ne m'a choqué. Beaucoup de fumée pour pas grand-chose".
Un problème de sécurité jugé "cardinal" par l'avocat du serveur
Pour l'avocat de Gaëtan, gravement blessé dans l'incendie et toujours hospitalisé, ces images et échanges sont au contraire accablants. Il estime que le danger lié à ce revêtement de plafond était évident : "Ce problème-là, qui était un problème cardinal, crucial et mortel, aux yeux des exploitants, ça devenait complètement accessoire. Humainement, c'est inadmissible", dénonce Me Jean-Claude Guidicelli. De son côté, Jacques Moretti met en avant le fait que le service de sécurité incendie de la ville n'aurait relevé aucune anomalie lors de ses contrôles dans la discothèque.
Une issue de secours obstruée peu avant le drame
Les enquêteurs se penchent aussi sur l'évacuation des lieux. Des employés et des témoins affirment qu'une sortie de secours située au sous-sol, au fond de la discothèque, était verrouillée le soir de l'incendie. Une photo extraite de la vidéosurveillance, prise quelques minutes avant le départ du feu, montre une chaise placée devant cette porte, empêchant son ouverture. Interrogé sur ce point, le gérant avance qu'il s'agit selon lui d'un geste d'un client, "pendant la soirée ou la veille". Depuis sa remise en liberté, Jacques Moretti est tenu de rester dans son chalet et ne sort qu'une fois par jour pour aller pointer au commissariat, dans l'attente de la suite de l'enquête judiciaire.




