Disparus de l’Isère : 10 affaires et 40 ans de mystère

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29/3/2026
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Disparus de l’Isère : 10 affaires et 40 ans de mystère
Forces de l'ordre

Entre 1980 et 1996, dix enfants ont été tués ou ont disparu dans l’Isère, principalement autour de Grenoble. Malgré la création d’unités dédiées aux crimes non résolus, plusieurs de ces dossiers restent aujourd’hui sans réponse. Derrière ces enquêtes au long cours, des familles attendent toujours de savoir qui a enlevé ou tué leur enfant.

Une série de meurtres et disparitions autour de Grenoble

Dans les années 1980 et 1990, Grenoble et sa périphérie sont marquées par une succession d’affaires impliquant des enfants. On compte notamment le meurtre de Fabrice Ladoux, 12 ans, et les enlèvements de Ludovic Janvier, 6 ans, et de Grégory Dubrulle, 8 ans, ce dernier ayant miraculeusement survécu après avoir été abandonné dans un fossé. Le mode opératoire, proche dans certains dossiers, laisse envisager des liens possibles entre plusieurs affaires.

Dans le reste du département, d’autres crimes viennent alourdir le bilan. Quatre enfants sont retrouvés morts : Anissa Ouadi, 5 ans, en 1985 ; Nathalie Boyer, 15 ans, en 1988 ; Sarah Syad, 6 ans, en 1991 ; et Saïda Berch, 10 ans, en 1996. Trois autres mineurs disparaissent sans que leurs corps ne soient retrouvés : Philippe Pignot, 13 ans, en 1980, Charazed Bendouiou, 10 ans, en 1987, et Léo Balley, 6 ans, en 1996. Dix dossiers au total, dispersés dans différents services, sur lesquels les investigations finissent par stagner, laissant les familles dans l’attente et l’incompréhension.

L’hypothèse de tueurs en série et la création de « Mineurs 38 »

Au début des années 2000, plusieurs familles décident de relancer le combat judiciaire et se tournent vers un cabinet d’avocats spécialisé dans les affaires non élucidées. En étudiant les dossiers, les avocats avancent une question centrale : et s’il s’agissait non pas d’affaires isolées, mais de l’œuvre d’un ou plusieurs tueurs en série présents dans la région à cette période ? Selon eux, ces enquêtes menées séparément doivent être regroupées sous une même bannière : celle des « Disparus de l’Isère », afin de créer un électrochoc et d’obliger la justice à reprendre l’ensemble des investigations.

Après plusieurs années de pression sur les tribunaux pour rassembler les procédures éparpillées, une étape décisive est franchie en 2008 avec la création de la cellule d’enquête « Mineurs 38 ». Cette unité, inédite en France, est composée de gendarmes qui se voient chacun confier un dossier d’enfant. Ils reprennent alors le travail depuis le début : relecture systématique des PV, recoupement des témoignages, vérification des signalements de véhicules, étude des plaques d’immatriculation et des indices techniques. Pour les familles, cette reprise minutieuse des dossiers fait renaître l’espoir.

ADN, premières avancées judiciaires et pôle « cold cases »

Les premiers résultats concrets arrivent en 2011. Grâce à de nouvelles analyses ADN réalisées sur des scellés, les enquêteurs parviennent à identifier un suspect dans deux dossiers : les meurtres de Sarah Syad en 1991 et de Saïda Berch en 1996. Il s’agit de Georges Pouille, un homme de 37 ans à l’époque des faits, toxicomane et présentant un léger retard mental, qui vivait à proximité des deux petites victimes. Il nie les faits, mais les expertises génétiques le confondent. En 2017, il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

Malgré cette avancée, la majorité des dossiers restent sans solution. En 2022, six affaires des Disparus de l’Isère sont alors transférées à une nouvelle juridiction spécialisée : le pôle des crimes sériels ou non élucidés de Nanterre, souvent désigné comme le « pôle cold cases ». Cette structure, dotée de moyens dédiés aux vieilles affaires, doit permettre de réexaminer les dossiers avec des techniques scientifiques plus récentes et un regard neuf.

Un nouveau suspect et une enquête toujours ouverte

Fin 2024, un nouveau rebondissement survient à Dijon. Un homme de 63 ans, Mohammed Chahbar, est interpellé et mis en examen pour le viol et le meurtre de Laïla Afif, une mère de famille de 40 ans. Les enquêteurs sont remontés jusqu’à lui grâce à une méthode récemment utilisée en France : la recherche d’ADN en parentèle, qui consiste à identifier un suspect en partant du profil génétique d’un membre de sa famille. L’homme avait déjà été condamné en 2004 à trois ans de prison ferme pour violences conjugales et atteinte sexuelle sur sa fille de 6 ans.

Au moment des faits, Mohammed Chahbar vivait à Villefontaine, dans la région grenobloise, à seulement deux kilomètres de Laïla Afif. Les magistrats découvrent également qu’il était le voisin de Nathalie Boyer, adolescente de 15 ans tuée en août 1988 et comptant parmi les Disparus de l’Isère. Compte tenu de son passé judiciaire et de cette proximité géographique, il est mis en examen pour ce meurtre. Il conteste toute implication dans les crimes qui lui sont reprochés et bénéficie, à ce stade, de la présomption d’innocence. Pour les familles, ce nouveau nom dans le dossier représente à la fois une piste sérieuse et un rappel cruel : plus de quarante ans après les premiers faits, une partie de la vérité reste encore à établir.

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