Moins de trois mois après l’incendie meurtrier du bar Le Constellation à Crans-Montana, en Suisse, un nouvel élément s’ajoute au dossier. Un entrepreneur qui a travaillé avec les gérants français du bar, Jacques et Jessica Moretti, affirme dans un mail adressé à la justice qu’ils ont refusé, lors des travaux en 2015, l’installation d’un capitonnage avec mousse ignifuge. Cette mousse anti-feu est aujourd’hui au cœur des interrogations des enquêteurs, alors que 41 personnes ont perdu la vie dans le sinistre survenu dans la nuit du Nouvel An 2026.
Un mail à la justice qui pointe un choix de matériaux
Dans un courrier électronique envoyé le 6 janvier 2026 aux trois magistrates suisses en charge de l’enquête, le fournisseur du mobilier intérieur du bar affirme que les époux Moretti n’ont pas retenu « l’option d’un capitonnage avec une mousse anti-feu ». Selon lui, ce refus aurait été motivé par des raisons budgétaires. Les gérants contestent cette version et assurent, depuis le début de l’enquête, ne pas avoir fait d’économie au détriment de la sécurité incendie.
Le même fournisseur précise qu’il n’a pas vendu la mousse phonique qui s’est enflammée dans le sous-sol du bar lors de la nuit du réveillon. D’après les éléments versés au dossier, le couple Moretti a finalement acheté cette mousse auprès d’un fournisseur en Allemagne. Une facture, transmise récemment à la justice, fait état d’un montant d’un peu plus de 13 000 euros pour ce matériau, qui a joué un rôle clé dans la rapidité de la propagation du feu.
Une mousse phonique au centre de l’embrasement
L’analyse image par image des vidéosurveillance a montré que le sous-sol du Constellation s’est embrasé en seulement 92 secondes. Ce sont précisément ces panneaux de mousse phonique qui auraient favorisé cet embrasement généralisé, dix ans après leur installation. L’entrepreneur qui met en cause les époux Moretti parle, dans son mail, d’« une forme de négligence » et d’« une attitude inconsidérée » de la part des gérants.
Selon son témoignage, le couple estimait ne pas avoir à appliquer strictement la réglementation incendie, tout en étant persuadé d’obtenir les autorisations nécessaires grâce à son réseau local à Crans-Montana. L’homme affirme également avoir été menacé à l’époque par Jacques Moretti, qui lui aurait promis de « lui casser les jambes » pour avoir parlé trop franchement à son épouse. Après cet épisode, il dit avoir cessé toute collaboration avec lui.
Un témoin clé qui refuse désormais de se présenter
Le fournisseur a adressé un second mail aux magistrates le 24 février 2026. Dans ce nouveau message, au ton plus sec, il explique avoir été sollicité par de nombreux journalistes – il évoque « 25 » demandes – et dit craindre pour sa santé, précisant être cardiaque. Il s’étonne de ne pas avoir encore été entendu officiellement comme témoin, tout en indiquant qu’il ne souhaite plus répondre aux convocations éventuelles de la justice. Il invoque, pour justifier ce refus, plusieurs articles de loi qu’il estime pouvoir le protéger.
L’enquête pénale, ouverte pour incendie par négligence, homicide par négligence et lésions corporelles graves par négligence, se poursuit. Neuf personnes sont désormais visées, dont les propriétaires français du bar, Jacques et Jessica Moretti. Les investigations doivent encore déterminer précisément les responsabilités de chacun dans le choix des matériaux, le respect des normes de sécurité et les conditions qui ont permis au feu de se propager aussi rapidement.




