Saint-Denis : le désarmement partiel de la police relance la bataille politique

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27/3/2026
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Saint-Denis : le désarmement partiel de la police relance la bataille politique
Forces de l'ordre

À peine élu maire de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Bally Bagayoko, proche de La France insoumise, déclenche une vive polémique. Le nouvel édile souhaite engager un « processus de désarmement » de la police municipale, en retirant notamment les lanceurs de balles de défense (LBD) aux agents. Une décision immédiatement exploitée par le Rassemblement national (RN), qui affirme vouloir accueillir dans ses villes les policiers dionysiens inquiets de ce changement.

Ce que prévoit le nouveau maire de Saint-Denis

Élu le 22 mars, Bally Bagayoko a annoncé vouloir revoir à la fois le périmètre d’action et l’armement de la police municipale de Saint-Denis, forte de 160 agents pour environ 150 000 habitants et dotée de 850 caméras de vidéosurveillance. Concrètement, il cible les LBD, ces armes tirant des balles en caoutchouc, régulièrement mises en cause pour les blessures graves qu’elles peuvent provoquer lors de manifestations ou d’interventions de maintien de l’ordre. Le maire considère ces équipements comme « difficilement contrôlables » et aux « conséquences parfois dramatiques ».

Il ne prévoit en revanche pas de retirer les armes à feu, introduites dans la ville à partir de 2020. « Les armes à feu, pour l’instant, nous les gardons », précise-t-il, rappelant que les policiers municipaux de Saint-Denis n’étaient pas armés auparavant. Son projet porte donc sur un désarmement partiel, centré sur les LBD, et s’inscrit, selon lui, dans une réflexion plus large sur le rôle de la police municipale.

Le RN se pose en « terre d’asile » pour policiers municipaux

Ces annonces ont immédiatement suscité la réaction de l’extrême droite. Sur le réseau social X, Marine Le Pen affirme que « des dizaines » de policiers municipaux de Saint-Denis auraient demandé leur mutation après les déclarations du maire. Elle assure que les municipalités désormais dirigées par le RN seraient « ravies d’étudier leurs dossiers », se disant prêtes à les accueillir.

Jordan Bardella, président du RN, renchérit. Il accuse les maires de La France insoumise qui souhaitent désarmer leurs polices municipales de « mettre en danger » les agents, et annonce que les communes dirigées par son parti sont prêtes à recevoir ces fonctionnaires. Il parle même de mairies RN comme de « terres d’asile » pour policiers municipaux, une formule destinée à marquer les esprits et à opposer la ligne sécuritaire revendiquée par le RN aux orientations de la gauche radicale.

Nice se joint à l’offensive politique

Du côté de Nice, Eric Ciotti, nouveau maire allié au RN, s’est engouffré dans la brèche. Il explique que la police municipale niçoise a besoin de renforts et se déclare « fier » d’accueillir les agents de Saint-Denis qui se sentiraient « menacés » par une décision de désarmement jugée « irresponsable ». Il affirme avoir déjà reçu deux premières candidatures de policiers municipaux de la ville de Seine-Saint-Denis, et invite les autres à en faire autant, leur assurant qu’ils seront « les bienvenus à Nice ».

Ces prises de position s’inscrivent dans le prolongement des municipales, où le RN cherche à consolider son image de parti de l’ordre, en opposition frontale avec les mairies dirigées par La France insoumise sur la question de la sécurité.

La riposte de La France insoumise sur le terrain de la sécurité

Les responsables de La France insoumise ont répliqué sur les réseaux sociaux. Manuel Bompard, coordinateur national du mouvement, affirme n’avoir « aucune leçon à recevoir » du RN en matière de sécurité. Il avance qu’« dans 80 % des villes gérées » par le parti d’extrême droite, la criminalité aurait augmenté, et accuse le RN de mettre en danger les policiers municipaux en les poussant à assumer des « interventions périlleuses » relevant normalement de la police nationale.

Un autre député LFI, Antoine Léaument, oppose une autre vision des priorités municipales. Selon lui, les villes dirigées par son camp doivent devenir des « terres d’asile » pour les personnes subissant racisme, discriminations ou violences policières. Ce bras de fer rhétorique illustre la fracture politique autour du rôle et de l’armement des polices municipales, devenu un marqueur fort entre les grandes familles politiques au lendemain des municipales.

Un débat national sur le rôle des polices municipales

Au-delà du cas de Saint-Denis, cette controverse met en lumière un débat plus large sur la place des polices municipales en France. Dans certaines villes, elles sont très armées et effectuent des missions de sécurité de proximité parfois proches de celles de la police nationale. Dans d’autres, les élus privilégient un rôle davantage axé sur la prévention, la médiation et la régulation de la vie quotidienne, avec un armement plus limité.

La décision de Bally Bagayoko sur les LBD, la contre-offensive du RN et les échanges entre responsables politiques montrent que la question de l’armement des agents municipaux est autant un enjeu de sécurité qu’un terrain d’affrontement idéologique. Les prochains mois, avec l’installation des nouvelles équipes municipales, diront jusqu’où ces orientations différentes se traduiront concrètement sur le terrain, à Saint-Denis comme dans les villes dirigées par le RN.

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