Dix ans après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, Sonia vit toujours cachée. Cette femme, qui avait alerté la police et permis d’éviter un bilan encore plus lourd, a dû abandonner son identité, sa ville et ses proches. Une « légende » complète a été créée pour elle, comme pour un agent infiltré.
Selon son avocate, Samia Maktouf, Sonia a appris à vivre sans sa famille, sans ses amis, et sans possibilité d’en nouer de nouveaux. Elle vit recluse avec son compagnon et ses enfants, sous une fausse identité. Toute vie sociale est presque impossible : elle ne peut pas raconter qui elle est réellement, ni d’où elle vient.
Très active avant les attentats, Sonia ne parvient plus à travailler. Chaque tentative d’emploi se heurte au risque d’être reconnue. Elle a dû déménager plusieurs fois, après que des personnes ont cherché à localiser son domicile. Son système de protection s’inspire du régime réservé aux « repentis », ces anciens complices de criminels qui coopèrent avec la justice. Une assimilation qu’elle vit comme une injustice, elle qui n’a commis aucun délit.
Malgré cet isolement, Sonia ne regrette pas son geste. D’après son avocate, elle affirme qu’elle referait la même chose. Les nombreux messages et dons reçus récemment l’ont profondément touchée : ils marquent, pour la première fois depuis dix ans, une sortie de son silence forcé. Son cas pose la question de la protection, dans la durée, des citoyens qui prennent des risques pour signaler une menace terroriste.



