Pendant près de dix ans, Gisèle Pelicot a été droguée puis livrée inconsciente par son mari à des dizaines d'hommes, dans ce qu’on appelle désormais l’affaire des viols de Mazan. Un rapport de l’Inspection générale de la justice montre qu’un signalement ADN aurait pu conduire la justice à s’intéresser à Dominique Pelicot quatorze ans avant son procès.
En 2010, Dominique Pelicot est interpellé en Seine-et-Marne pour avoir filmé sous les jupes de clientes dans un supermarché. Les policiers prélèvent alors son ADN. Celui-ci correspond à une empreinte relevée en 1999, lors d’une enquête pour tentative de viol dans le même département. La police scientifique transmet l’information au parquet de Meaux, chargé de ce dossier.
Mais cette alerte n’aura aucune suite. Selon le rapport, la justice ne peut pas établir si le courrier envoyé par la police est arrivé ou a été traité. À l’époque, le parquet de Meaux est en pleine réorganisation, avec une gestion du courrier jugée très défaillante : pas de recommandé, pas de suivi numérique, des pièces qui se perdaient parfois. Résultat : l’ADN de Dominique Pelicot n’est jamais versé au dossier.
L’Inspection refuse de conclure « avec certitude » à un dysfonctionnement précis, faute de traces. Elle dénonce en revanche un problème plus global dans la circulation des informations issues du Fichier national des empreintes génétiques, toujours parfois transmises par simple courrier. Entre-temps, les viols de Gisèle Pelicot commencent en 2011. Dominique Pelicot a depuis été condamné à 20 ans de prison pour viol aggravé et reste mis en examen dans deux autres affaires criminelles, tandis que le pôle « cold cases » recherche d’éventuelles victimes supplémentaires.



