Le 5 juillet 1964, sur la route des vacances à Fréjus, la voiture de Jean-Claude Saint-Aubin, jeune Dijonnais, percute un platane. Lui et sa passagère meurent sur le coup. Très vite, l’enquête conclut à un simple excès de vitesse et le dossier est classé quelques jours plus tard.
Pour ses parents, bijoutiers à Dijon, cette version ne tient pas. Leur fils est réputé prudent au volant, aucune trace de freinage n’est relevée sur la chaussée, et un camion militaire est aperçu sur les lieux. Convaincus d’un accident provoqué, ils se muent en enquêteurs, dénonçant des procès-verbaux modifiés et des témoins introuvables.
Au fil des années, un informateur les oriente vers la piste de barbouzes impliqués dans la lutte secrète contre l’OAS, sur fond de fin de guerre d’Algérie. La famille est persuadée qu’une bavure d’un service lié à l’État est à l’origine du drame. Dix procédures seront engagées pour tenter de faire reconnaître une responsabilité publique : elles aboutissent toutes à des non-lieux.
Figure centrale de ce combat, la mère de Jean-Claude, Andrée Saint-Aubin, ne renoncera jamais. Elle interpelle journalistes, avocats, responsables politiques, jusqu’à l’Élysée. Sur la tombe de son fils, elle fait graver : « Jean-Claude Saint-Aubin, assassiné par méprise à Fréjus. » Décédée en 2003, elle n’aura pas obtenu de réponse. Son cadet, François, poursuit aujourd’hui ce long combat, dans l’espoir que les archives militaires, susceptibles d’être déclassifiées en 2064, apportent enfin des éclaircissements.



